Une révolution faite cidre 1/2

Certains d’entre-vous qui nous suivent le savent, je [Camille] me suis formée au CS Cidricole du Robillard, sorte d’école du cidre où l’on nous enseigne la production et la transformation des pommes. Parmi les modules, s’est glissé un cours : « Le marché du cidre ». Le marché du cidre… sorte de tabou entre nous stagiaires, nous permettant de plaisanter sur notre « folle idée » de nous lancer sur le marché cidricole. 

Parce qu’on ne va pas se mentir, les nouvelles ne sont pas bonnes. Mais vraiment pas : seul un français sur trois consomme encore du cidre*, les ventes ont reculées en moyenne de 3.3% au global depuis 10 ans, des dizaines d’hectares de pommiers sont arrachés chaque année, et j’en passe.

Pourtant, l’industrie – j’entends pas industrie les deux coopératives détenant 82% du marché que sont AGRIAL et Les Celliers Associés – se débattent à grands coups « d’innovations » : Hard Cider inspiré du cider anglo-saxon, cidre dit de dégustation, « perle de cidre »… sans grand succès, ou succès très éphémère (souvenez-vous du cidre rosé).

Oui, du point de vue industriel, force est de constater que les chiffres sont sans équivoque : le marché du cidre va mal. Mais si l’on détache nos yeux de la croissance, des parts de marché et simplement, de tout concept macro ou micro-économique : le cidre va-t-il si mal ? Quel est son avenir ? 

C’est une question que s’est posé l’UNICID** avec l’aide d’AGRIMER en 2016, et j’aimerai qu’on s’y penche tous ensemble, aujourd’hui, en 2019.

Attention, je vais me prêter à l’exercice de Madame Irma en fonction de mon expérience depuis les 3 – trop petites – années que je navigue dans ce milieu. Bien sûr, vous avez le droit de ne pas être d’accord avec moi, et nombre de producteurs ou d’œnologues historiens plus aguerris que moi auront surement une autre interprétation de ce qui est en train de se construire aujourd’hui dans la filière cidricole mais il me semble essentiel aujourd’hui de nous unir pour accélérer ce produit si cher à notre cœur.  

De fait, l’année 2018 a vu un nouveau souffle, un nouvel élan, une nouvelle vitalité se propager autour de producteurs et de projets portés pour et par le cidre. 

 

Révolution du cidre

 

D’abord en France – In France 

Je ne peux parler de ce que j’aime appeler la révolution du cidre – que dis-je DES cidres – sans mentionner ces jeunes marques qui ont su défricher le terrain et séduire un nouveau public. Je pense à Sassy, Appie, Fils de Pomme et à toutes ces « start-ups du cidre » à la force marketing et commerciale fulgurante. 

J’ai beaucoup entendu certains de mes camarades leur reprocher d’avoir été biberonnés aux plans financiers et stratégies marketing en école de commerce pour produire des produits standardisés (c’est-à-dire gazéifié et pasteurisé). A cela je réponds : que peut-on apprendre de leur succès ? N’ont-ils pas le mérite d’avoir revalorisé et remis le cidre sur le devant de la scène ? L’union ne fait-elle pas la force ? 
Bien plus, c’est aussi et sûrement grâce à eux que le consommateur curieux ira plus loin dans sa recherche et découvrira les artistes du cidre, ces hommes et ces femmes qui ont fait confiance à leurs fruits, à leur terroir et travaillent d’acharnement pour donner naissance à des cidres vivants, exceptionnels. Eric BaronCyril Zangs, Eric Bordelet, Antoine Marois, Damien Lemasson, Bixintxo Aphaule pour ne citer qu’eux (et tient, uniquement des hommes. Voilà un sujet qu’il me faudra traiter.) 

Et puis il y a les nouveaux producteurs, mes camarades de promo et les autres, les courageux ou les fous, prêts à s’installer, désireux de planter des vergers hautes tiges, prêts à attendre entre 5 et 10 ans avant de, littéralement, récolter le fruit de leur dur labeur. 

Tous, les jeunes et les moins jeunes, ont ce point commun : ils produisent et produiront des cidres qui révolutionnent le genre. Cette nouvelle vague repense la définition même de cidre, se décomplexe, dépasse les limites imposées par la grande consommation (Brut, Demi-sec, Doux), parie sur la biodyname, les cuvées parcellaires, les millésimes, les co-fermentations, la prise de mousse naturelle… 

C’est ici que repose toute la beauté du monde cidricole : lorsque le bateau coule et que tous les signes sont au rouge, une nouvelle force s’empare de l’équipage pour le remettre à flot. Une force créatrice, engagée et passionnée.

Autour des producteurs se créent des entreprises, comme Calyce, animées par la même passion du produit et des missions similaires. 

Nous avons d’ailleurs de grands projets pour Cayce, que nous nous apprétons à vous dévoiler très bientôt lors de notre première campagne de crowdfunding à la fin de la semaine prochaine. 

Au sein de ces entreprises on y retrouve ce même désir d’éducation du consommateur, cette recherche de mise en valeur du produit et du travail, de transparence aussi (parce qu’il est grand temps que nous sachions ce que l’on boit et que cela s’inscrive sur les étiquettes). 

Peut-être sommes nous aussi à notre petite échelle, le signe que les frontières commencent à bouger, à s’ouvrir et que la révolution est en marche. 

 

La semaine dernière, le Canal Saint-Martin a vu les portes de La Cidrerie, tenue par Benoît, s’ouvrir. Au programme : des cidres, beaucoup de cidres, beaucoup d’amour aussi, et une mission: remettre en question la preception que les gens se font du cidre (ça ne vous dit pas quelque chose ? ) 

Dans la même lignée on trouve le restaurant précurseur Pomze guidé par la cuisine de la cheffe Alexia Falcone ou encore le Sistrot à Quimper de Ronan et Eran dont la carte des cidres est un petit trésor. Pour les adeptes du crêpe/cidres Brutus ou Lulu la Nantaise sont les parfaites alternatives. 

N’oublions pas les évenements et salons qui fleurissent autour du cidre et Pet’Nat’tels que « Tour de Fruit » organisé par Ode Chalon et Côme Isambert en février dernier, « Pom, Pomm, Pomme, Pommes » à Nantes implusé par les mêmes joyeux lurons et le très attendu CidrExpo qui se tiendra en février prochain à Caen. Le projet rassemble à la fois des producteurs, des passionnés et des représentants de la voix cidre comme Dominique Hutin. 

CidrExpo cristallise et célèbre, à mon sens, l’émergence de cette nouvelle culture cidre, qui s’apprête à écrire une belle page de son histoire.

Ne soyons pas chauvins, le mouvement est en marche partout en Europe, l’Angleterre menée par le mouvement #rethinkcider figure en tête de proue. Rendez-vous la semaine prochaine pour un tour en terres anglaises ! 

 

* Rayon Boisson 2008

** « L’UNICID est l’Union Nationale Interprofessionnelle Cidricole. Elle rassemble et représente les professionnels de la filière, du producteur de pommes à cidre au transformateur, artisan, producteur fermier ou coopérative. » 

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